samedi 25 février 2012

COMMENT L’HOMME QUI PRENAIT TOUT SON TEMPS...



COMMENT L’HOMME QUI PRENAIT TOUT SON TEMPS FAILLIT BIEN LE PERDRE POUR DE BON...
Nathanael Jo Hunt
Sortie le 20 mars 2012

Le livre
Simon Chevalier est un jeune professeur d’histoire de l’Université de la Sorbonne, à Paris. Sa mère, décédée trois ans auparavant, lui a laissé en héritage un bel appartement dans le 1er arrondissement, quelques photographies, des cadavres plein le placard et des cauchemars en pagaille. Qu’il se retrouve au milieu des grognards de Napoléon en pleine retraite de Russie, ou à chevaucher au milieu des steppes mongoles en compagnie de Gengis Khan, ses rêves de plus en plus étranges ne le laissent pas indemne. Un jour, alors qu’il s’est retrouvé à visiter toute la nuit les toits d’Aubagne en 1348, il se réveille particulièrement mal en point. Après une visite chez le médecin, il doit bientôt se rendre à l’évidence : aussi improbable que cela puisse paraître au 21ème siècle, Simon Chevalier a contracté la Peste Noire…

L’auteur
Ancien journaliste et attaché de presse, Nathanael Jo Hunt, de son vrai nom Nathanael Jo Hunt, vit désormais à Bordeaux, où il survit en attendant la fin du monde, qui heureusement ne devrait plus tarder si le temps se maintient. Même s’il évite de la ramener avec ça, il est également l’auteur de Comment un ange aux ailes en biseau aurait pu sauver le monde s’il n’avait pas passé son temps à sniffer les nuages, paru en 2010 aux Editions Bijoux de Famille.

Ils en ont dit…
« Le deuxième livre est toujours un cap difficile. Peut-être qu’il aurait du commencer directement par le troisième.»
Tracteur Magazine

Sortie du livre le 20 mars 2012... mais vous pouvez aider les Editions Bijoux de Famille en le commandant dès maintenant au prix de 10 euros (+3 euros de frais de port si envoi postal nécessaire). Règlement par espèce ou chèque à l'ordre des Bijoux de Famille, à renvoyer aux Editions Bijoux de Famille (20 rue Maubec 33800 Bordeaux) accompagné de vos contacts complets (nom, adresse, adresse mail).

Et sinon, Nathanael Jo Hunt sera en dédicace à la prochaine Escale du Livre (30 mars - 1er avril) de Bordeaux, sur le stand de la Mauvaise Réputation !

dimanche 9 octobre 2011

Définition impromptue : l'Orientation

Aujourd’hui, mesdemoiselles, mesdames, messieurs, trans-genres, trans-genres, et surtout toi, oui, toi, le jeune pour qui la vie n’est pas un long fleuve tranquille mais plutôt une descente en rafting des chutes du Niagara avec Mimi Mathy au fond du kayak, un saut en parachute sans parachute, une suite d’événements sans queue ni tête où tu surnages la bouche ouverte comme une carpe au fond de l’eau, oui, toi le jeune, j’aimerais te parler d’Orientation. Mais pas de n’importe laquelle, n’est-ce pas, et surtout pas de celle qui t’a permis de te diriger à l’oreille dans la forêt de Fontainebleau pour échapper au goupillon de monsieur le curé qui tenait à t’expliquer plus profondément encore le concept de trinité, au nom du père, du fils et du sexe buccal. Non, l’autre Orientation, celle avec un grand O comme dans Oral et Oh hisse enculé ; la grande Orientation, l’Orientation Professionnelle, deux mots qui sonnent le glas de tes ambitions éphémères d’une vie pépère à ne rien glander devant ta Playstation.

Bref. L’Orientation. Commençons, si vous le voulez bien (et en même temps, votre avis je m’en fous, c’est purement rhétorique comme question), par une définition au cordeau. Le mot Orientation vient du latin Orienta, qui signifie approximativement « être à l’Ouest » ou « se retrouver à l’Ouest » selon les différentes lectures des œuvres intégrales de Sénèque (ta mère), et de l’inuit « Tation », qui signifie globalement « fais gaffe », et plus littéralement, si l’on en croit la tradition des anciens qui passent le temps en chassant l’ours blanc armé d’un simple canif, « fais gaffe, y’a un trou dans la glace juste derrière l’igloo, c’est encore Anorak qui a fait des siennes ». Bien, l’Orientation, avec un grand O comme dans Ornithorynque et Oh Pute Borgne, ce serait donc une certaine façon de faire gaffe à ne pas se retrouver complètement paumé, et jusqu’à là, ça se tient, vous en conviendrez.

Si l’on en croit le Petit Robert, qui lui n’a pas oublié d’être con, l’Orientation pourrait être également un terme de marine qui désigne la disposition idéale des vergues pour recevoir le vent, et non, il n’y a pas de faute de frappe, et oui, c’est totalement dégueulasse, avec ou sans curé sur le bateau. Plus prosaïquement (un mot que nous verrons plus tard, je ne vous sens pas encore prêt pour les cinq syllabes), l’Orientation est aussi selon le dictionnaire, ouvrez les guillemets et fermez vos gueules, « la voie choisie par quelqu’un, en particulier dans le cadre des études, comme par exemple dans l’expression « quelle orientation avez-vous choisie pour votre fils » », fermez les double-guillemets et ouvrez la boîte à connerie. Sérieusement, quelle orientation avez-vous choisie pour votre fils ? Je ne sais pas moi, maquereau, rock-star transsexuel, contrôleur des impôts, chômeur ?

Mais revenons à la base, comme le dit si bien Hannibal dans le Lotus Bleu, l’Orientation consiste donc à trouver sa voie, comme le dit si bien le chinois fou à Tintin dans le dernier épisode de l’Agence Tout Risques. Vu d’ici, ça a l’air plutôt simple, cette histoire. Si notre chemin dans la vie n’est pas tout tracé, il faut tout de même être aveugle pour passer à côté des ornières laissées par nos parents. On n’est bien sûr jamais à l’abri d’une sortie de route intempestive, un accident est si vite arrivé ! On pensait prendre l’autoroute de la simplicité, ne pas dévier d’un pouce, suivre sans défaillir les gros panneaux luminescents qui jalonnent notre passage, les fils de profs sur la file de droite, les fils de notaires sur la file de gauche, et on se heure déjà à un gros souci de déontologie politico-déviationniste. Et là, bim, l’imprévu qui défonce la porte passager sans crier gare, un pneu qui éclate, pas de dépanneuse disponible avant la fin du monde, et on se retrouve à errer sur une route de campagne à scruter le paysage désertique pour tenter de repérer un putain de panneau de signalisation qui nous permettrait de savoir enfin où l’on va vraiment et ce que l’on fait. Vu comme ça, l’Orientation Professionnelle, ça ressemble à un week-end pourri en Corrèze. Mais enfin, voilà, c’est bien ça qui est important, où est-ce que l’on va, et qu’est-ce que l’on fait ? Et surtout, qu’est-ce que l’on va bien pouvoir répondre aux gens qui nous posent cette question fatidique avant de savoir notre prénom, parce que mon petit gars, c’est très bien de te voir assis là, ta bière à la main et ton désespoir sur les épaules, mais en vrai, tu fais quoi dans la vie, à part traîner dans les bars en crânant ton infortune ?

Comme j’ai réponse à tout, et que c’est pour ça que je suis là (le fait d’être un écrivain raté qui camoufle sa médiocrité intellectuelle derrière une pile de bons mots ne rentre absolument pas en ligne de compte), je vais tout vous expliquer. Le tout, c’est de savoir où l’on va, et tant qu’à faire, de viser loin pour arriver finalement quelque part. Un peu comme un pêcheur qui balance ses filets le plus loin possible en espérant ramener deux ou trois poissons sur un coup de bol, ou un mec qui va draguer simultanément quatre nanas dans la même soirée en espérant que l’une d’entre elle se fatiguera avant lui. En général, et surtout pour ce dernier exemple, ça fonctionne aussi bien qu’un préavis de grève de l’Education Nationale. Mais ça vaut toujours le coup d’être tenté, ne serait-ce que pour faire rire ses copains.

Prenez moi, par exemple. J’ai toujours visé haut. Aussi loin que je m'en souvienne, j'ai toujours voulu être Inventeur, avec un grand I comme dans Imagination. En ajoutant à ça mon amour inconsidéré pour la verticalité et la beauté froide des montagnes, je me suis ensuite demandé si je pouvais mener carrément une carrière d'alpiniste-savant fou, avant de me rendre compte que c'était tout de même assez difficile de se concentrer à 7.000 mètres d'altitude avec un sherpa qui s'amusait à dresser le Yéti à l'aide de fraises Tagada. J’ai laissé tomber mes plans de domination du monde à peu près à cet instant-là, et j'ai voulu ensuite devenir chirurgien-acrobate. Ma mère m'en a dissuadé, vous savez comme sont les mères, toujours inquiètes pour leur progéniture et incapables de concevoir que l’on puisse donner des coups de scalpel sur un vélo à une roue pendant que d’autres ne se gênent pas pour diriger des pays avec un neurone pour quatre ministres. Quant à mes études de clown-pâtissier, elles n'ont pas donné grand chose non plus, sans doute à cause de mon allergie soudaine à la farine... je ne sais pas si vous avez déjà essayé d'éternuer avec un nez rouge, mais ce n'est pas facile. Ce n’est qu’après ces nombreux échecs, encore bien ridicules à côté des come-back ratés de Chantal Goya, que je me suis décidé à emprunter la voie ultime : un jour, quand je serais grand, je serais testeur de bières-écrivain à succès. Et croyez-le ou non, mais je m’y connais pas mal en Guiness.

dimanche 17 avril 2011

Dictionnaire Impromptu : Aiglemont

Français, françaises, chers amis, chères amies, mon tout, mon toi, tout tout mon toi, mon lecteur adoré, et toi aussi que je hais par-dessus tout depuis que tu es sorti avec Jessica Baber en 5eme C alors qu’elle m’était promise… j’aurais aimé aujourd’hui vous parler d’une charmante petite bourgade rieuse, gaiement baignée par les eaux tumultueuses de la Meuse, aux confluents du sordide bassin parisien et de la magnifique plaine des Ardennes sur laquelle se couche chaque soir un soleil radieux dont les derniers rayons brillent d’une joie de vivre et d’une allégresse sans pareil.

J’aurais aimé vous en parler ainsi, mais il faudrait quand même arrêter de prendre les gens pour des jambons. On parle tout de même ici d’Aiglemont, bled de 1500 habitants situé dans la banlieue nord de Charleville-Mézières, réputée de source officielle pour être la ville la moins ensoleillée de France et dont les principaux faits de gloire resteront à tout jamais son jumelage avec la ville béninoise de Bohicon, son titre de « Ville Internet 2011 » obtenue à la sueur de la souris, et surtout le passage éclair dans sa grande rue principale, en avril 2010 précisément, de Jessica Baber et de sa petite Twingo verte pomme, lancée à toute allure sur la route de Bruxelles pour y retrouver son amour d’alors, un maître-nageur chétif et néo-nazi répondant au doux patronyme de Karl Goering-Goering, mais c’est une autre histoire alors concentrez-vous un peu, je vous prie.

Bref, passons rapidement sur Aiglemont et intéressons-nous plutôt à Charleville-Mézières, charmante bourgade rieuse située au confluent du néant et du vide intersidéral. Il en faut du courage pour habiter à Charleville-Mézières, mais heureusement, carolomacériens et carolomacériennes ne manquent pas d’humour, et il en faut lorsqu’on s’appelle ainsi. Imaginez seulement un instant le discours du maire, à peine aurait-il fini de dire bonjour à ses administrés que la moitié d’entre eux se seront endormis, dans le meilleur des cas, ou se seront suicidés, ce qui est tout de même beaucoup moins probable. On ne se suicide pas, à Charleville-Mézières, ou alors à petit feu, en mourrant d’ennui chaque jour un peu plus. De toute façon, les carolomacériens sont des gens très pieux pour qui la vie est une valeur fondamentale, et vous ne verrez jamais un carolomacérien se suicider. Sauf s’il est très malheureux et qu’il a envie de mourir.

Il faut dire que Charleville-Mézières est une espèce d’incroyable agrégateur de lose : des pluies torrentielles en France ? C’est la Meuse qui déborde. L’industrie métallurgique est en crise ? Les Ardennes ne produiront plus du fer, mais du chômeur au kilomètre. Et quand les boches décident de venir voir si le fond de l’air est plus agréable sur les plages de Normandie, ça tombe à chaque fois sur le coin de la tronche des carolomacériens. Une fois, ça va, deux fois, bonjour les dégâts, et tous les ardennais qui avaient survécu au désastre militaire de la première guerre mondiale ont préféré mourir de honte de s’être fait baiser la gueule exactement au même endroit vingt ans plus tard. En même temps, quand on voit que les carolomacériens sont encore plus de 50.000, on se dit que c’est encore une preuve tangible de l’existence de Dieu et que le ridicule ne tue pas.

L’humour ardennais est éternel. On y rigole à tel point que s’y tient tous les deux ans le drolatique festival de la Marionnette, à base de « bonjours les petits n’enfants ! Attention, guignol, derrière toi, un casque à pointe ! », et que les plus grands humoristes du pays viennent quasiment tous sans exception de Charleville-Mézières. Ainsi les grands rigolos que sont le géomètre Gaspard Monge, auteur de vannes incroyables à base de stéréotomie et de tailleurs de pierre qui se tiennent à leur silex quand l’autre retire l’échelle, ou encore le sculpteur Eric Steziak, qui a l’héritage de Rodin a préféré opter pour la réalisation de Woinic, le plus grand sanglier du monde. True fact. Et enfin, dernière preuve que les carolomacériens sont les champions du monde du rire à gorge déployée et de la bonne humeur communicative, ces quelques vers de la gloire locale, Arthur Rimbaud, empreints d’une joie de vivre dont on ne se lassera jamais :

Glaciers, soleils d’argent, flots nacreux, cieux de braises!

Echouages hideux au fond des golfes bruns

Où les serpents géants dévorés des punaises

Choient, des arbres tordus avec de noirs parfums!

Qu’est ce qu’on se marre, hein ?